18 janvier 2009

> BERGERAC: ENTRE CYRANO ET NICOT



Cyrano ne fumait pas la pipe. Dommage, car son nez lui aurait permis d'en apprécier tous les parfums... Le vrai Cyrano, Savinien de Cyrano de Bergerac, n'était d'ailleurs pas bergeracois. Cela n'empêche pas cette ville de Dordogne d'exposer dans ses rues deux statues de l'illustre personnage d'Edmond Rostand. Mais ce n'est pas ce nez qui nous intéresse. C'est l'herbe que parfois l'on prisait grâce à ce roc, à ce pic, à ce cap... à cette péninsule !
A Bergerac, et plus largement dans le sud-ouest de la France, c'est l'histoire d'une activité agricole toujours existante, même si les campagnes anti-nicotine ont réduit considérablement la culture de "l'Herbe à Nicot" ces dernières années.
Néanmoins, il subsiste dans cette région, autrefois appelée la Guyenne, des producteurs qui, contre vents hygiénistes et marées moralisatrices, cultivent le tabac: Burley, Virginie et Brun. Ce dernier était la variété traditionnelle française, qui a d'ailleurs donné le nom de Bergerac à un fameux mélange pour pipe. C'est dans cette ville périgourdine qu'est basé l'Institut du Tabac, un centre de recherche sur la plante et ses centaines de variétés.
D'autre part, dans le Vieux Bergerac, la Maison Peyrarède (du 17° siècle) abrite le Musée d'Anthropologie du Tabac. Bernard Clergeot, son conservateur, fumeur de pipe occasionnel, tient à ce que le tabac soit présenté sous tous ses aspects: historiques, culturels, sociologiques et médicinaux... Car c'est pour soigner les migraines de Catherine de Médicis, la Reine Mère, que Jean Nicot aurait introduit ces feuilles à la Cour de France en 1560, à son retour de Lisbonne où il occupait le poste d'ambassadeur. Très vite, le tabac fut très prisé parmi les grands du Royaume.
"C'est l'histoire officielle, selon Bernard Clergeot. On oublie que le tabac, découvert aux Amériques par Christophe Colomb à la fin du 15° siècle, était fumé dans les ports. On a également oublié qu'André Thevet, aumônier de la Reine, semble avoir précédé Nicot en cultivant du tabac dans le jardin des Cordeliers à Angoulême dès 1556".
L'histoire de cette herbe de tous les maux fut ensuite faite tantôt d'adoration, tantôt d'interdiction. Au fil des époques, la panacée devint poison et le remède pire que le mal.
Le Musée de Bergerac n'en fait pas l'apologie. Mais il ouvre un grand livre d'Histoire de cette plante du genre Nicotiana et des hommes qui, des Indiens d'Amériques aux Européens d'aujourd'hui, ont aimé ou rejeté ce végétal.
Sur plusieurs étages de cet hôtel particulier, une collection exceptionnelle d'objets du fumeur est présentée: râpes ouvragées, tabatières travaillées, pots à tabac décorés, calumets complètement sioux, pipes sculptées, outils et machines (dont un exemplaire de la machine à sculpter inventée par Jean Dalloz en 1863), tableaux et gravures... La majorité des pièces exposées sont des legs.
Bernard Clergeot, qui s'est battu pour que ce lieu devienne une référence, a bon espoir d'élargir encore la collection en récupérant les trésors de l'ancien Musée de la Seïta de Paris. Des trésors enfouis quelque part dans des cartons. Pour l'instant. N.S.
(Tous les objets présentés ici sont visibles au Musée de Bergerac. Tél: 05.53.63.04.13.)

QUESTIONS A ROBERT POLESE, président de "Tabac Garonne Adour"
-Combien reste-t-il de producteurs de tabac dans la région ?
Pour les cinq départements que regroupe notre coopérative, environ 500. Nous couvrons la Gironde, les Landes, le Lot-et-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées. C'est pour les agriculteurs une activité de complément, qui demande beaucoup de main-d'oeuvre, mais qui est d'un rapport non négligeable.
-Une activité en baisse ?
Pour nous, non. Mais nos voisins de la Dordogne sont plus touchés. Reste à savoir ce qui se passera avec la nouvelle PAC ( Politique Agricole Commune) en 2010. Car pour l'instant, nos producteurs de tabac vivent aux 2/3 grâce aux primes.
-Quels sont les plants de tabac que vous cultivez ?
De trois types: Virginie, Burley et les tabacs bruns, essentiellement de variétés ITB 1000 ( de l'Institut du Tabac de Bergerac) et Malawi.
-Vous regroupez des petits producteurs. Pourquoi ne pas vous-mêmes faire de la vente de produits finis ?
Mais c'est ce que nous faisons ! Avec le 16-37, un tabac blonc à rouler, mélange de Burley et de Virginie. Il est distribué par Altadis, mais c'est un mélange de tabacs produits dans le Sud-Ouest, sans arôme ajouté et avec une parfaite traçabilité.
-Pourquoi cette appellation 16-37 ?
Parce que c'est en 1637 qu'à Clairac, dans le Lot-et-Garonne, on a procédé pour la première fois en France à la culture en quantité de cette graine venue des Antilles.
-Comptez-vous faire un tabac à pipe ?
Nous lancerons bientôt un 16-37 brun, que l'on pourra rouler ou fumer dans sa pipe.
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EN BREF...
-La vente des pipes en terre et autres objets collectionnés par Maurice Raphaël aura lieu samedi 31 janvier chez Maître Damien LECLERE au 5, rue Vincent Courdouan 13006 Marseille. Téléphone : 04 91 50 00 00.
-Le prochain pipe-show de Lohmar (près de Cologne en Allemagne) se tiendra le samedi 28 mars 2009 de 10h à 17 heures.
Infos: http://www.pfeifen-messe.de/pageID_3947341.html
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Pour joindre la rédaction par mail: pipegazette@hotmail.fr