Exemple

14 février 2009

> PIPES COURRIEU: COURRIEUSE IMPRESSION


Comme pour l'invention du rugby, plusieurs histoires courent à propos de la première utilisation de la bruyère pour les pipes. Parmi les hypothèses, celle de la maison Courrieu à Cogolin, près de Saint-Tropez dans le Var. Dès 1802, Ulysse Courrieu, agriculteur dans la région, aurait fabriqué la première bouffarde dans cette matière. Hypothèse a priori plausible, dans la mesure où l'erica arborea est un arbuste qui pousse à l'état sauvage juste au dessus de Cogolin, dans le Massif des Maures. Une chose est parfaitement sûre: la création de la fabrique Courrieu remonte bien à cette époque. Mais rien ne dit que c'est de ce bois que l'on faisait les pipes au début du 19° siècle. Plus de 200 ans après, l'entreprise familiale se perpétue et c'est maintenant René Salvestrini, qui a épousé une demoiselle Courrieu, qui tient les rênes.

A Cogolin, avenue Georges Clémenceau, on ne peut pas rater Courrieu: deux boutiques tiennent le haut du pavé. L'une est entièrement dédiée à la vente de pipes: des milliers, de toutes les qualités: beaucoup de bas de gamme, quelques pièces luxueuses et, entre les deux, un honnête choix de pipes standard à une cinquantaine d'euros. L'impression est étrange. On est d'abord enthousiasmé, prêt à se jeter à corps perdu dans ces rayons à l'offre pléthorique, puis assez rapidement perdu et déçu au milieu d'une quantité innombrable de pipes assez mal fichues.


C'est donc en nageant longtemps dans cet océan de bruyère médiocre que l'on peut découvrir quelques pièces de qualité, là-bas, au fond, à l'horizon... Point positif: la gamme est suffisament large pour que tout fumeur y trouve son compte. "La pipe selon votre budget", ce pourrait être la devise de la maison. La question est: est-ce le juste prix ? La réponse est: oui, si l'on cherche bien.

Dans la moyenne gamme, à une cinquantaine d'euros, nous avons trouvé un assez joli bois, dans une forme classique. L'honnête pipe à un honnête prix. Mais chez Courrieu, il vaut mieux avoir de bons yeux ou une bonne correction visuelle, car le diable se cache dans les détails: points de mastic, sandpits, finitions contestables, état du tuyau... pour trouver son bonheur, ne pas compter ses heures.


L'autre magasin propose toutes sortes d'objets en bois aux touristes de passage et jouxte l'atelier, qui se visite. Là aussi, sensation étrange. Autant la partie dédiée aux finitions, au ponçage, à la teinture et au marquage des pipes et des tuyaux s'avère en activité, autant l'atelier de travail, de découpe, de façonnage de la bruyère semble ne pas avoir été utilisé depuis belle lurette et ne servir que de musée dédié aux vacanciers désireux de faire une petite visite un jour de pluie ou de mistral... Les néophytes repartent avec une pipe à deux sous ou une cuillère en olivier. Peut-être auront-ils visité la fabrique de pipes, persuadés d'être entrés dans un atelier encore chaud, alors qu'il y a bien des années que le coq, symbole de la marque, ne chante plus ici. Et les vrais amateurs de bruyère, eux, déchanteront sans doute.
ET CHEZ ROUX ?


A Cogolin, aujourd'hui, seule subsiste donc la maison Courrieu. Mais d'autres pipiers y ont exercé leur activité: Monn (Monneret, un pipier et sculpteur sanclaudien venu travailler à Cogolin) et Louis Roux. On aperçoit d'ailleurs l'un des ateliers L.Roux de Cogolin dans la dernière partie du film "Le gendarme se marie", avec Louis de Funès. Quelle culture !


Le gendre de Monsieur Roux, Monsieur Santo d'Amico, qui avait repris la fabrique( photo ci-dessous) en 1956, a lui-même rangé ses outils au début des années 1980 pour des raisons familiales. A la même époque, il tenait également avec son fils un bureau de tabac à Saint Tropez, "La Bouffarde", au 2 quai Gabriel Perri, sur le port. Actuellement, il vend les toutes dernières pipes de son stock -assez chères d'ailleurs- au tabac d'Amico, avenue Jean Jaurès, à Cogolin. Il dit avoir une belle réserve d'ébauchons. Avis aux amateurs et aux professionnels de la filière pipière ! N.S.


Le site Courrieu: www.courrieupipes.fr/


La Bouffarde: tél. 04 94 54 40 67
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EN BREF...
- Selon la "Revue des Tabacs" de février, la vente des tabacs à pipe en France a baissé de 9,3 % en 2008, par rapport à l'année précédente. C'est sans compter, bien entendu, avec les achats frontaliers qui sont de plus en plus importants et qui expliquent, en partie, cette désaffection des fumeurs de pipe français pour les bureaux de tabacs et civettes de proximité.

- Promos ! Chez Pierre Voisin, à la Pipe du Nord à Paris, et chez Patrick Cornu, au Cadre Noir à Epinal, d'anciens stocks de pipes à petits prix sont proposés aux amateurs. Bonnes affaires en vues...

-Le pipier allemand Vauen est à la recherche d'un distributeur en France. Si vous êtes professionnels, vous pouvez contacter Brian P. Johson par email : b.johnson@vauen.de

Pour joindre la rédaction: pipegazette@hotmail.fr
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08 février 2009

> PIERRE MOREL: LA FINE FLEUR DES PIPIERS

A Saint-Claude, ils se comptent actuellement sur les doigts d'une seule main, ces artisans capables de fabriquer une pipe manuellement de A à Z, en laissant libre cours à leur créativité et en adaptant la forme de l'objet au bois qu'ils découvrent au fur et à mesure du travail.
Nous parlons donc de ces hommes de l'art qui fabriquent non pas des pipes en série, mais des pièces uniques.
Pierre Morel fait partie de ce cercle très restreint. D'une famille d'artisans de la pipe depuis quatre générations, cet homme réputé pour avoir du caractère travaille pour Chacom (on lui doit en particulier la série Grand Cru et les pipes de l'année) et en son nom propre. Il obtenu le titre de Meilleur Ouvrier de France en octobre 2007.
Pierre Morel aura 60 ans en 2009: année charnière pour lui, puisqu'il doit prendre sa retraite de la maison qui l'emploie. C'est l'occasion pour nous de poser quelques questions à ce futur jeune retraité qui n'a pas l'intention de raccrocher les outils !

INTERVIEW

-Combien de temps mettez-vous en moyenne pour fabriquer une "fait main" ?
De A à Z deux heures et demie maxi. Sauf pour les spécimens, mais c'est rare.

-Jetez-vous beaucoup d'ébauchons pour arriver à un résultat parfait, avec un bois sans défaut ?
Les pipiers ne jettent rien. Disons 10% de sans défaut quand on travaille du beau bois. Les "A",(straight grain sans défaut) 4%, et encore.

-Que pensez-vous du prix des pipes danoises, par exemple, qui dépassent parfois les 500 euros ?
Ca ne me choque pas vraiment concernant certaines pièces superbes. Ce qui me fait sourire, ce sont les mégalos prétentieux, mais on ne sait pas vraiment comment ils vivent. J'en connais et j'en ai connu, ils ne sont plus dans la partie.

-Vous inspirez-vous de ces pipiers nordiques, ou d'autres "grands maîtres" ?
C'est tentant quelques fois, mais j'étais là avant eux et j'ai mon créneau, j'en ai fait pour un groupe de discussions (Pipes et Tabacs, ndlr) mais ça s'arrête là.

-S'il devait y avoir UNE pipe de Pierre Morel, ce serait quelle forme ?
La fleur Morel, j'en ai sans doute fabriqué des centaines.

-Vous allez prendre votre retraite de chez Chacom cette année 2009. Est-ce que cela signifie que vous allez cesser vos activités de pipier ?
Je ne crois pas, mais j'en ai marre de bouffer de la poussière. Je vais uniquement faire des pipes "à la carte" et des réparations. J'ai tellement de stock de tuyaux de bagues etc... Et j'aime faire les réparations, mais j'ai des exutoires auxquels je tiens, qui risquent de me faire oublier mon atelier.

-Allez-vous vous lancer dans le vente en ligne de vos pipes ?
Pas sûr, ça ne me dit rien, tout dépend de la demande et de l'investissement.

-Comment voyez-vous l'avenir des pipes de St Claude ? Faut-il aller vers le haut de gamme ou rester majoritairement dans la pipe industrielle de série ?
Il faut arrêter de nager dans le virtuel, tout le monde n'achète pas des pipes à 300 €. Les pipes que l'on appelle "industrielles" sont aussi bien faites à prix égal que celles de ceux qui se prennent pour des cadors, si ce n'est mieux. Ces discussions sur les "hand made", "machine made", attisées par des savantasses tournent au ridicule. Les deux fabriques sanclaudiennes innovent beaucoup, et vendent, heureusement. Mais iI n'est pas facile de trouver du boulot et de garantir les salaires de plus de 20 salariés par les temps qui courent. Il suffit de demander aux détaillants la moyenne de leur vente de pipes.

-Voyez-vous un jeune qui prend la relève ?
Dans "la pipe industrielle", Sébastien Beaud qui a repris la boite de Jacky Craen ( Genod). Il fait des efforts pour apprendre et je suis sûr qu'il va durer.

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EN BREF...
-Rendez-vous: La prochaine intronisation à la Confrérie des Maîtres Pipiers de Saint Claude aura lieu le vendredi 12 juin 2009.
-Bonne adresse: Si vous passez à Arles, en Provence, la meilleure civette de la ville se trouve à deux pas des arênes, au 71 rue du 4 septembre: c'est Le Pot à Tabac ( Tél. 04 90 96 24 75).
-Lille 2009: Pour les trente ans du Pipe-Club de Lille, un grand concours de lenteur a été organisé samedi 7 février. Pour cette occasion, chaque pipe et chaque tasse-braises ont été spécialement marqués. 92 participants au total (12 clubs et un indépendant) ont tenté leur chance. Et c'est justement un Nordiste, Serge Vanderberghe, qui est arrivé en tête, en maintenant sa bouffarde allumée pendant 1H23 ! (voir dans les commmentaires, ci-dessous, les impressions de Julien, l'un des concurrents).

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