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Exemple

31 août 2020

► Le tabac pour pipe Amsterdamer: un test sans a priori



Quand vous êtes fumeur de pipe, particulièrement de tabacs aromatisés, il est fréquent qu'un non initié vous lance un "ça sent bon, c'est de l'Amsterdamer?". Car ce mélange d'origine suisse devenu français a marqué les esprits et a obtenu le statut de symbole d'une génération et d'un milieu, celui du prof de lycée des années 1970, barbu et adepte de la bouffarde. L'Amsterdamer, c'était jeune, pop et ça plaisait à l'entourage. Alors que le Caporal, c'était un tabac malodorant et ça faisait vieux.

Depuis le début de l'ère d'internet et des forums, les avis négatifs se sont répandus, la plupart exprimant le fait que ce tabac n'avait aucune saveur, qu'il piquait la langue et que, s'il sentait bon, c'était surtout pour les autres et guère pour le fumeur lui-même. Pour en avoir bourré bien des fourneaux dans mes jeunes années de fumeur, c'est le même souvenir que j'en ai gardé. J'avais même récidivé au début des années 2000, pour finalement jeter le paquet à la poubelle.

Mais oublions ces jugements (non par esprit de contradiction, mais pour retenter l'expérience sans idée préconçue) et ne nous attardons pas sur l'hypothèse plausible qu'au fil du temps, la recette de ce mélange de type hollandais a pu évoluer (peut-être contenait-il autrefois de la fève tonka, riche en coumarine), en fonction des différents fabricants qui en ont possédé successivement les droits. Car le mélange a été créé en 1928 par un fabricant de Zurich, avec des tabacs indonésiens arrivant par le port d'Amsterdam. Bien plus tard, en 1968, l'Amsterdamer a été introduit en France par la Seita, avec un succès immédiat. Les décennies suivantes ont vu la naissance de plusieurs déclinaisons de la marque, y compris pour la cigarette.

Concentrons-nous sur l'Amsterdamer pour pipe de 2020, propriété du fabricant danois Mac Baren — dont on peut louer les qualités de nombreux mélanges et le travail passionné mené par Per Georg Jensen. Mac Baren l'a acquis auprès d'Imperial Tobacco en 2015.


Il est décrit comme un assortiment de virginie, de burley et d'oriental. À l'ouverture de la pochette, l'aromatisation, si elle existe, ne se perçoit pas. Contrairement à ce qui est toujours inscrit sur le paquet, il ne s'agit pas d'une coupe fine, mais plutôt moyenne. Le tabac n'est pas saucé, pas poisseux. La combustion est remarquablement facile, ce qui permet de fumer doucement. 

Les premières bouffées sont troublantes: on ne perçoit pas grand chose, ni le tabac lui-même, ni ses effluves, ni même un arôme ajouté. Patience! Il arrive qu'un mélange ne se révèle pas instantanément. En effet, la saveur du tabac est perceptible assez rapidement, surtout le burley et son goût de noisette. Un léger piquant apparaît en bouche en seconde partie de la dégustation, mais sans agressivité. Aromatisé, l'Amsterdamer l'est sûrement, dégageant un léger parfum de caramel pour l'entourage, mais sans anesthésier la cavité buccale, comme c'est le cas avec des mélanges saucés.

L'Amsterdamer dans toutes les matières: bruyère, terre, écume de mer

Le premier test s'étant fait dans une pipe en bruyère Genod au fourneau de forme cheminée, je prends le lendemain une Morel de forme "oeuf", aux parois plus épaisses et moins hautes. Les mêmes effets se produisent: goût discret du burley et légers picotements.

Le troisième soir sera celui de la terre. Dans une Prungnaud blanche, j'allume sagement mon Amsterdamer. Pas désagréable: le côté burley est davantage perceptible et le piquant devient plus tardif. L'accord terre/Amsterdamer est une réussite.

Enfin, pour être à peu près complet, donnons à ce mélange un contenant en écume de mer. Même ressenti que dans la pipe en terre: le tabac lui-même est davantage perceptible et les picotements atténués, bien qu'encore présents en deuxième partie. 

L'Amsterdamer n'est plus le désastre qu'il a pu être naguère, lorsqu'il était passé sous la houlette d'Imperial Tobacco. Mac Baren lui a redonné quelques couleurs. Ce qui en fait, à mon goût, un agréable tabac de dépannage, lorsqu'on ne trouve rien d'autre chez le buraliste du coin.

N.S.

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15 commentaires :

benoit.paul33 a dit…

C'est en effet un tabac de "dépannage".
Tous les bureaux de tabac en ont.
Mais une fois qu'on a fumé 3 pipes d'Amsterdamer, on est content de retrouvé du bon tabac.
Il est difficile d'en fumer tout un paquet...

D.P. a dit…

Ca me donne quand même l'envie de le regoûter.

Bertrand Semois a dit…

Merci pour cette réhabilitation relative. Je ne suis pas certain de le refumer, mais en cas de disette...

Unknown a dit…

Merci pour cet article. Je n'ai pas fumé d'Amsterdamer depuis des années car je ne l'avais pas apprécié à l'époque. Je retenterai l'expérience ;-)... car effectivement, il est fréquent de ne rien trouver d'autre dans nos bureaux de tabac.

Benoît a dit…

D'abord, j'apprends enfin que l'origine de ce mélange est suisse, alors que, comme tant d'autres je suppose, je le croyais hollandais... miracle du marketing / packaging !

Ceci étant, en parfait accord avec Nicolas et expérience partagée.
2008 :pire que piquant : acide et sans aucun goût, du moins de tabac, bref infumable.

Printemps 2020 : le Burley domine, très probablement du Kentucky et l'aromatisation est très peu perceptible en bouche : il décevra très certainement le fumeur d'aro, mais il pourra ne pas faire fuir l'amateur de bruns.
Ce n'est certes pas un mélange goûteux à l'excès, l'esprit général s'apparentant plutôt à une certaine neutralité et je ne le trouve pas piquant, ou si peu (ce qui est déjà trop); bref, on est quand même loin, très loin même, de la catastrophe tabagique colportée à l'envie ici et là.
Dans le registre tabacs faciles à trouver,gamme Alsbo par exemple (saucés), je choisis sans l'ombre d'une hésitation l'Amsterdamer.
Mais entre l'Amsterdamer et l'AFA, je choisis ce dernier, dans lequel la qualité des tabacs mis en œuvre est sans aucune mesure comparable.
(en outre, l'AFA est lui un vrai hollandais d'origine certifiée)

Bref, un dépannage tout à fait honnête, ou bien un occasionnel pour le travail, ce qui est mon cas de (très) loin en (très) loin.

Nicolas de Pipe Gazette a dit…

Une précision à propos d’une abréviation utilisée par Benoît dans son commentaire ci-dessus: AFA = Amphora Full Aroma.

Alain B. a dit…

Nous avons tous ce parfum d’Amsterdamer fumé par les plus grands lorsque nous étions enfants. Pour moi, c’était le temps des colonies de vacances (années 1961-62?) dans les alpes. Notre moniteur fumait ce tabac annonçant son arrivée le soir au dortoir par ce parfum si particulier…

Des années après, je me suis mis à la pipe, sans passer par la case cigarette, et à cette date je fume toujours la pipe, certes avec modération, mais quand même !

Comme beaucoup j’ai longtemps fumé ce tabac en paquet bleu. Il y avait aussi l’Amsterdamer rouge en pochette plastique de 100 gr, me semble-t-il. Ces pochettes de 100 gr, bleu et rouge, se trouvaient exclusivement en Suisse dans les années ± 75/79 ? - le temps passe !

L’Amsterdamer a changé maintes fois de fabricants depuis sa première apparition sur le marché. Pourquoi une maison comme Mac Baren n’est pas capable de retrouver et donc de nous proposer la même recette qu’à sa naissance à l’époque de sa première fabrication en Suisse ?
De plus, j’apprends, comme beaucoup, que c’est un mélange suisse !

Aujourd’hui, ce tabac est infumable – est-ce que ce mélange "grosse coupe" de MacBaren va lui ouvrir à nouveau le marché des tabacs pour pipe ? À l’occasion, je ferai une toute dernière tentative, mais avec appréhension.

Jack a dit…

L’Amsterdamer, c’est beaucoup de nostalgie . Un tabac fumé dans des pipes impossible...
Jack

Michel a dit…

Alain B a tout dit quant à la nostalgie des années 60 pour la room note de ce tabac

j'étais tout jeune lycéen et je regardais"les grands "fumer la pipe et embaumer la cour de
récréation
Rien de tout cela aujourd'hui . Par curiosité j'ai acheté une blague et ce côté enivrant
a disparu . Dommage

Alain B. a dit…

https://mac-baren.com/amsterdamer-blends/

3 tabacs pour pipe
Amsterdamer Bright
Amsterdamer Fijne Snede (le bleu)
Amsterdamer Original (le rouge)

Le rouge sera-t-il vendu en France ?

Nostalgie des années 60 Michel, mais pas que ! C'est un morceau du patrimoine français dans une petite blague bleue avec de vrais morceaux de tabac, même si aujourd'hui nous en avons perdu les saveurs...

Joel a dit…

C est dans les pipes maïs qu il passe le mieux
Pas un grand tabac quand même
Joël

Matt a dit…

Des tabacs indonésiens transitant par le port d'Amsterdam. Des fabricants suisse, français, britannique et enfin danois. De 1928 à 2020. Tout ceci ressemble à un véritable cours d'Histoire-Géographie. Merci, Nicolas. Il faudra que je le teste un jour.

Cela me rappelle que l'Amsterdamer était très probablement le tabac que fumait un de mes professeurs d'Histoire-Géo au collège. Il s'excusait presque d'embaumer de ses volutes la courte portion de couloir menant à la salle de cours, nous disait parfois qu'il songeait à arrêter de fumer. Sa pipe odorante juste éteinte, le cours commençait. L'Histoire, du Grand Siècle à Talleyrand, s'animait sous nos yeux. Même la géographie devenait agréable. Nous ne voyions pas en lui un "fonctionnaire de l'Education nationale" mais un homme passionné par son métier, et passionnant.

Quant au talentueux Per Georg Jensen, en plus de créer de très bons tabacs, il transforme des mélanges infumables en tabacs acceptables. Là encore, seule la passion, avec sa part de patience et d'expérience, peut expliquer cela.

CEDLAP a dit…

Bonjour Nicolas,
Je pense en effet que même s'il n'est pas sensationnel, il est moins pire qu'il y a quelques années . Je le fumais au début des années 2000 , il était vraiment beaucoup plus aromatisé et franchement pas mal . Je parle surtout de la blague bleue . Car il y avait une blague jaune, à l'époque moins à mon goût qui n'existe plus du tout je pense . Ensuite j'ai abandonné l'Amsterdamer jusqu'en 2014 / 2015 environ , et là j'ai voulu le retenter en achetant une blague au tabac de la gare de Lyon à Paris, tellement un mauvais souvenir que je m'en rappelle . Cela a été un désastre , car pour moi c'était de la paille sans goût, bref rien . Je n'ai pas pu la terminer, c'était ou poubelle ou bien couper avec autre chose. Je l'ai coupé avec du Semois BC que j'avais en même temps que je ne trouvais pas terrible non plus . Les deux associés, j'ai sauvé la blague des ténèbres de la poubelle :-) . Je l'ai ressayé l'année dernière après discussion avec Benoit et effectivement, sans atteindre des sommets, j'ai pu terminer la blague.

Loic a dit…

Je préfère rester sur mes souvenirs d'il y a bien longtemps.
A la lecture de vos commentaires c'est tout de même pas terrible.

Pietro h a dit…

Bonsoir, je me rappele sourtout le parfum de chocolat!!!!!!!Pietro Borio