Exemple

31 mai 2018

► Une tribune libre de Marie-Aurélie Favre (La Pipe du Nord)


http://www.pipegazette.com/2018/05/tribune-libre-de-marie-aurelie-favre-la.html



Fumeurs de pipe, prenez-vos responsabilités ! 

À l’heure où le Caïd ferme définitivement ses portes, mythique magasin parisien de plus de 140 ans, tout le monde des fumeurs de pipe pleure. 

« Quel dommage ! C’est honteux ! Un signe des temps ! Comment allons-nous faire entretenir nos pipes ? Une si noble et vieille enseigne : si l’on avait su… »

Je tiens à vous faire part de ma propre tristesse et de ma propre colère. Outre l’affection que je porte à mon ami et confrère Didier Tubiana, gérant du Caïd, je suis stupéfaite que personne ne fasse le lien. Si j’achète mes pipes et accessoires sur internet et que je ne réserve aux boutiques physiques que leur entretien ou une visite de courtoisie, que peut-il donc bien advenir ? 

Nul besoin d’être Sherlock Holmes pour en connaître la réponse. 

En pratiquant de la sorte, le fumeur de pipe creuse sa tombe et ses pleurnicheries ne sont pas crédibles. Plus de magasins, plus de pipes, plus de tabacs, plus de fumeurs… voilà finalement un cercle vicieux qui réjouira tous les ennuyeux moralisateurs qui nous entourent. 

Néanmoins, je me permets et me dois de rester optimiste car je pense le fumeur de pipe malin, pas seulement pour réaliser de fausses économies en ligne, mais pour préserver son intérêt profond. 

Toucher, observer de près le grain du bois, discuter, partager ou savourer solitairement, sentir, apprécier: rien de tout ça ne sera dans le petit colis sans charme « prêt-à-fumer ». 

Félicitations à Didier qui a fait survivre 10 ans de plus le Caïd. Le magasin historique du boulevard Saint-Michel est devenu un Monoprix. Que restera-t-il du deuxième ? Un café internet ? 

À nous tous de prendre nos responsabilités et de ne pas déplorer les effets dont nous sommes la cause.

Marie-Aurélie Favre


VUES

18 commentaires :

Alain a dit…

Je partage ce constat. Vivent les magasins ! Achetons avec un brin de conscience.

Patrick a dit…

Je ne peux que partager vos propos. C’est aussi avec tristesse que j’ai appris il y a quelques mois que Didier arrêtait’ moi c’est fait aussi bon courage et respect à ceux qui prennent le relais pour porter notre passion.
Merci Marie-Aurelie.

Jean-Luc Bash a dit…

C'est exactement, ou presque le raisonnement par rapport à Amazon/librairies. Voulez-vous que les librairies indépendantes disparaissent, avec le plaisir d'avoir des conseils, de feuilleter les livres, de toucher le papier ?

jean-paul a dit…

Je ne peux qu'être d'accord.Cela dit, certaines marques de pipes creusent aussi leur tombe en créant un autre cercle tout aussi vicieux. En effet, le nombre de fumeurs de pipes diminuant, les marques pour compenser augmentent leurs prix.Enfin ,les faux hygiénistes qui nous "gouvernent" ferment sans distinction la fourniture du tabac en général. rappelons leur que la prohibition aux usa fut un échec politique et sanitaire compte tenu de la qualité de l'alcool de contrebande.Enfin, ils ont l'exemple de la contrebande des drogues diverses qui génèrent des zones de non droit et une violence inouïe dont j'ai été hélas de nombreuses fois témoin.

Anonyme a dit…

Comme on disait autrefois, nos emplettes sont nos emplois. Pensez-y, les amis.

Jack a dit…

Je trouve que Marie-Aurelie a raison de nous rappeler que nous avons une responsabilité dans la situation actuelle . Si j'achète mon tabac et mes pipes dans des lieux non virtuels, néanmoins , il me semble que les magasins, sites virtuels ont également leur place auprès des fumeurs de pipes. Comme l'écrit Marie Aurélie je suis un fumeur qui a besoin de toucher l'objet pour l'aimer. Mais je dois également " confesser" que sans le virtuel je n'aurais pas découvert les François Dal, et Bruno Nuttens et la production de Paul Viou( Sébastien).
Si j'achète sur les sites du cadre noir, de la pipe du nord ( plus actuellement) et la pipe rit c'est parce que je sais que derrière le virtuel il y a des " vrais personnes et des magasins bien réel. Pour Smoking pipe ce n'est pas le cas. C'est pour moi une vitrine qui me permet d'acheter dans mes magasins préférés et eux ne sont pas virtuels. Lorsque je vais à Paris c'est à la pipe du Nord ou j'aime me rendre et acheter mes pipes.
Jack ( Belgique)

Alain a dit…

Colère salutaire et invitation à réfléchir.

Anonyme a dit…

je comprends la colère d'Aurélie, mais voyons les choses en face, qui a les moyens de vivre en vendant des pipes dans un magasin, qui peut sortir le loyer ? Si tu es propriétaire des murs : passe encore mais sinon... Jean Nicolas a le même problème,
il répare, mais vends peu, le jour où il arrête, il n'y aura surement pas de repreneur. Le net est en train de tout bousiller, ce n'est pas que dans la pipe.
Reprendre un magasin comme l'a fait Aurélie est plus que gonflé, mais deux choses :
la pipe du nord est une institution et c'est à Paris. Tu fais cela en province, tu es mort en trois mois.

Gilmieug a dit…

Loin de moi l'idée de vous contredire ni de défendre les inconscients qui, depuis des années derrière leur clavier bavent sur les boutiques de pipe et s'excitent sur les sites internet, mais permettez-moi deux remarques qui ne sont pas en contradiction avec les propos de Madame Favre, tout en rejoignant certains avis lus ici:

-Pour les habitants des régions qui sont de vrais déserts pipiers et qui n'ont pas le loisir d'aller dans les métropoles (ou si rarement), un site internet maintient leur passion et permet d'acheter en ligne de belles pipes, bien plus belles que les crasses jaunies en vitrine du buraliste local.

-Pour les artisans individuels, spécialement les jeunes, la vente en ligne directe est la seule façon de démarrer et d'exister.

Jean@Phi a dit…

J'aime beaucoup l'analogie de Jean-Luc avec Amazon et les libraires. Tout est dit.

bernard MASSE a dit…

Bonjour,
Je suis toujours surpris contre ces charges récurentes sur Internet comme si Internet était la cause majeure de nos difficultés. C'est l'éternel rengaine de l'ébonite contre l'acrylique, de la pipe française contre la pipe étrangère, de la pipe artisanale contre la pipe industrielle, du filtre contre le non-filtre etc ...
Pourquoi tout ce petit monde ne peut il pas vivre ensemble sans dénigrer l'autre ?
Une grande partie de ma clientèle habite des secteurs ruraux et ne peuvent trouver un magasin supceptible de leur proposer plus d'une vingtaine de pipes (quand il y en a un)... Sont ils condamnés à faire 300 Kms (ou plus) pour trouver leur bonheur ?
Que seraient Bruno, François et d'autres sans internet et les réseaux sociaux ? Certains passionnés feraient 500 kms pour acheter une pipe à Pierre mais les autres ?
J'ai régulièrement des clients qui m'appellent pour des questions ou des demandes de renseignements, le dimanche y compris, et je me fais toujours un plaisir d'y répondre. Nous ne sommes plus dans le virtuel, là, nous sommes dans l'humain !
"Colis sans charme prêt à fumer", "fausses économies" pas plus ni moins qu'en magasin si un client vous demande de lui faire un paquet cadeau ou souhaite une ristourne ...
Je ne doute ni de votre sincérité ni de votre professionnalisme et je comprend votre réflexion mais le monde de la pipe évolue et ce, dans un marché français en décroissance.
Certains magasins et sites fermeront encore et d'autres naîtront peut être, c'est la dure loi du marché. Je le regrette autant que vous mais ne pas l'accepter est une ineptie.
A chacun donc de se recentrer sur son activité sans pour autant jeter la pierre aux autres.
Très cordialement.
Bernard Masse

Anonyme a dit…

Il faut voir aussi de quel magasin nous parlons.

Nicolas a dit…

La plupart d'entre nous avons des principes et il est évident que notre consommations ont des effets considérables. Mais vouloir changer les choses par la moralisation des esprits ne fonctionne pas. Nous faisons tous nos choix de consommation en fonction d'une pluralité de critères: le prix, l'étendue de la gamme, la présentation, la volonté d'appartenir à une communauté, la qualité ou la rareté de produits ou de services. Trouver la bonne alchimie est autrement plus efficace qu'en appeler à l'éthique morale du fumeur de pipe... et je pense que c'est précisément c'est la démarche qui a été engagée à la Pipe du Nord!

Je n'achète pas à la Pipe du Nord par pitié et par conscience morale. J'y vais parce que le lieu est agréable, parce qu'il y a du service (réparation de pipe), parce que j'y trouve des articles que je ne trouve pas ailleurs, parce que j'y accède facilement, parce que j'aime l'idée qu'il s'y passe des choses (évènements).

... mais j'achète aussi sur internet des produits que je ne trouve pas ailleurs, parce qu'il sont souvent moins cher qu'ailleurs (vrai économie!!!), parce qu'il m'offre du service que je ne trouve facilement dans une boutique "physique" (comparatif de centaine d'articles, recours à des filtres croisées pour tomber sur L'ARTICLE, c'est aussi une manière de présenter les produits, c'est la livraison à domicile).

Le commerce n'est à mon sens pas une affaire morale ou le respect d'une institution. C'est avant tout la compréhension d'une attente de clients et d'une proposition globale qui colle à des besoins et des désirs. Les commerces centenaires qui se maintiennent ont su coller à des besoins et des attentes. Ni plus, ni moins.


Internet, pas internet... Sur cette question, la Pipe qui Rit a tout compris!
(voir la vidéo) https://www.youtube.com/watch?v=dN-XbJm1Eqw

Amitiés.
Nicolas.

Nicolas de Pipe Gazette a dit…

Pour en avoir discuté avec elle, ce qui chiffonne Marie-Aurélie, ce sont les larmes de crocodile de ceux qui se désolent publiquement de la fermeture du Caïd, pleurant la disparition d'un magasin où ils n'ont jamais rien acheté, car ayant préféré internet.

Anonyme a dit…

...exactement comme ceux qui se désolent de la disparition de lignes régionales de chemin de fer...

loic a dit…

Je n'avais pas bien compris le propos de Marie Aurélie et là, je suis complètement d'accord avec elle.

RACING RETRO a dit…

J'apprécie beaucoup Marie-Aurélie, sa passion, et son sacerdoce pour avoir déjà eu l'occasion de discuter avec elle en passant à la Pipe du Nord.
Si prôner les avantages d'examiner directement en magasin les bouffardes et de déplorer le décalage ressenti entre les atermoiements de « certains » provoqués par la fermeture d'une boutique physique et les achats en ligne par les « mêmes » (des noms, peut-être?) s'avèrent logiquement légitimes et compréhensibles, l'appel au sens moral et à la responsabilité de chacun pour acheter en boutique peut, quant à lui, surprendre par son manque de recul.

Par exemple, dans mon cas, impossible de crier au scandale vis à vis de la mort du petit commerce de proximité, de l'avènement d'internet ou encore de la mondialisation puisque, comme vous tous, j'en suis responsable, j'y contribue, j'en bénéficie et je l'entretiens juste par mon simple mode de vie, comme je le suppose aussi, Marie-Aurélie.

En effet, mes baskets dénichées en magasins d'usine sont vietnamiennes, mon jean est marocain, mes lunettes sont made in germany, ma montre « suisse » s'avère avoir un mécanisme nippon, ma chemise est cousue au Bangladesh (on va éviter d'évoquer le calebard), mon électroménager en partie chinois, les fournitures des gamins viennent de grandes surfaces au détriment du petit libraire de la ville voisine pas très fourni, mon leatherman est ricain, mon mini-tracteur est suédois, ses pièces détachées sont commandées en ligne (le réparateur local, croyant encore posséder un monopole, est une brêle), ma bagnole est anglaise (bon ok, vieille de 22 piges, cela relève plus de la lutte quotidienne contre l'obsolescence programmée) et quelques uns de mes chats sont même persans (c'est dire le traître à l'économie nationale de proximité que je suis).

J'essaye tout juste de compenser, et de me donner bonne conscience, en consommant les fruits de mon jardin (un ancien verger), en soutenant un semblant de commerce local - qui fait certes le charme de notre si jolie contrée - par l'achat des légumes, de la farine et de l'huile directement au maraîcher bio du village et en me goinfrant de la production fromagère de la ferme toute proche.

Mais, jamais ne me viendrait à l'esprit de déplorer cette situation dont je profite à certains niveaux grandement.
Au contraire, le net utilisé à bon escient est une opportunité à saisir.
D'abord, pour y diffuser ses tribunes libres, ensuite pour atteindre une clientèle éloignée.
Lieu de vente physique et dématérialisation sont complémentaires au bénéfice (immédiat) du client final. L'ignorer ou le déplorer indirectement, c'est se tirer une balle dans le bail (commercial).



PS : Le contexte de la fermeture du Caïd est particulier et repose plus sur le manque de viabilité d'un modèle économique (recettes/charges) que sur l'impact de la concurrence directe du web.
A priori, sauf erreur, cette vitrine appartenant à Chacom est déficitaire depuis des années. Sa gérance, menée jusqu'à présent par Didier qui a bien mérité sa retraite, n'a pas trouvé de repreneur. Enfin, Chacom arrête les frais.

JR

Anonyme a dit…

Allons, tout le monde est content... Chacom ne perd plus d'argent, Didier va pouvoir se reposer ( c'est mérité )... Les fora ont pu verser leurs larmes de compassion crocodilesques avec l'empathie qu'on leur connait.
Tout le monde est content vous dis-je ! Même internet qui chaque fois qu'une boutique ferme peut déculpabiliser...