24 mars 2013

✔ PORTRAITS DE FUMEURS DE PIPE: MARC

Son pseudonyme: "mpm.bandit". Son métier: concepteur de systèmes de mesures physiques. Sa passion: cuisiner pour ses amis. Sa folie: les bouffardes. Son rêve: fabriquer des pipes-cigare. Dans sa poche, Marc n'a pas sa langue, mais une mystérieuse Atlantide et une pacifique Bombarde.


Son grand-père, ses oncles, son père fumaient la pipe. Il y a une quarantaine d'années, suivant la tradition familiale masculine, Marc s'est fait offrir par ses parents une modeste droite guillochée. "Un truc immonde. Même si c'était une patate, on ne la voudrait pas".
Aujourd'hui, dans les tiroirs de ses cartonniers, il ne procède à aucun recensement mais estime à trois cents le nombre de ses fumeuses habitantes. La plupart sont inattendues. 
"J'aime ce qui est atypique. Ca se voit, non?", déclare-t-il avec le sourire du gourmand. Il avoue ne pas réussir à s'en séparer, même de celles qu'il ne fume plus.
"Elles sont toutes là. Sauf une. Un jour, un ami, particulièrement de mauvaise humeur à causes d'autres personnes, m'a pris à partie. Nous étions dans la baie de Morlaix. Excédé, plutôt que de m'en prendre à lui (qui est loin d'être doté de mon généreux gabarit), j'ai jeté ma pipe à la mer. Ca a calmé tout le monde instantanément". Avec le recul, il s'amuse de cette histoire de pipe en bruyère partie se perdre dans l'écume.

Dans le placard accueillant ses réserves d'herbe à Nicot, le nombre de boîte en attente laisse pantois.
"Je fume de tout, anglais, latakia, aromatiques peu saucés, virginie, Perique... A part les bruns purs. Je les utilise en revanche pour renforcer d'autres mélanges", explique-t-il.
Ce fin gourmet apprécie l'Avalon mixture de W.O. Larsen, parfumé au vin rouge, l'Erinmore, le Three Nuns et vénère l'Artisan's Blend de chez Ashton. Comme les bonnes bouteilles, il fait vieillir ses tabacs en moyenne huit ans.

Entre deux allers-retours en cuisine où il fait flamber au marc de Bourgogne des cailles qu'il va ensuite accompagner de raisins, de cèpes, d'amandes et de noisettes, Marc prend en main chacune des pièces de sa collection et en raconte l'histoire.

DE L'ORIGINE AUX PIPES-CIGARE

Parmi toutes les pipes de ce fumeur-collectionneur, quelques thématiques apparaissent. D'abord les Butz-Choquin Origine initialement fabriquées à Metz, ces longues pipes courbes avec allonge en os d'albatros sur les modèles les plus anciens, avec leur étui en cuir et leur chaînette en argent.
"Regarde le grain mêlé de celle-ci. Une pure merveille", s'exclame-t-il.
Les pipes sculptées sont également bien représentées dans cet assortiment éclectique. Dont une pièce exceptionnelle: une pipe en os finement ciselée, fabriquée par des employés des abattoirs de Chicago. "Elle date des incendies des abattoirs, lors de la Guerre de Sécession".

Mais s'il fallait trouver chez Marc une véritable spécialité en matière d'objets destinés aux incorrigibles pétuneurs, ce serait à n'en pas douter les pipes-cigare. Le jour de notre rencontre, il venait de recevoir sa trente-sixième: une Wally Franck. Une pipe-cigare est un objet fumant identifié, ressemblant par sa forme à une torpille ou un dirigeable. Sur la plupart des modèles, l'extrémité, en forme d'ogive percée, se détache. C'est là que l'on bourre le tabac, en prenant soin de procéder de manière inverse par rapport à une pipe traditionnelle: il convient de tasser au début et d'alléger le bourrage à la fin. L'allumage se fait par l'avant, la flamme du briquet étant dirigée vers le gros orifice protégé par un renfort métallique. Une vingtaine de minutes, c'est la durée moyenne nécessaire pour consumer tout le tabac. Idéal pour les fumeurs de pipe qui disposent d'un laps de temps relativement court.


"Le premier brevet de pipe dite inigène date de 1844. L'idée était de pouvoir fumer sans risque de mettre le feu autour de soi, puisque le fourneau est fermé", explique Marc.
"Apparue dès 1905 au catalogue Manufrance, la pipe-cigare française Florestine a été remplacée en 1925 par l'Atlantide, également fabriquée en France pendant plus de 20 ans. Mais les mystères de l'Atlandide sont nombreux, quant à son origine tout d'abord: personne ne sait qui la fabriquait et personne ne sait où !".
En 1994, la maison allemande Vauen a relancé le modèle Zeppelin, initialement fabriqué dans les années 20. Mais, selon Marc, cette nouvelle mouture avec son filtre 9 mm est une mauvaise fumeuse. Elle "respire mal".
"Attention ! Celui qui dit que les pipes-cigare fument toutes mal n'a jamais essayé une des dernières Atlantide, au tirage excellent. Elles sont d'ailleurs équipées d'un condenseur et d'une pastille en céramique". 
L'interaction entre ces deux équipements permet de fumer frais et sec.
"Je possède pas moins de onze versions différentes d'Atlantide. Une telle évolution sur une période de fabrication d'à peine vingt ans démontre bien la volonté farouche de son fabricant de parvenir au meilleur résultat possible".

UNE BOUFFARDE NOMMÉE BOMBARDE

Véritablement passionné par ces pipes et leur technique de conception, le spécialiste des mesures physiques a donc imaginé créer lui-même des pipes-cigare, en bruyère ou en morta, voire les deux (Voir image plus bas). Il a même déposé un modèle et un nom: la Bombarde, terme choisi en raison de sa ressemblance avec l'instrument de musique bretonne.

Marc a constitué pas à pas son atelier. En réalité, plusieurs ateliers, répartis dans différentes pièces de sa maison de Pontoise (Val-d'Oise), devenue un temple dédié à la pipe. 
"Je fabrique les Bombarde quand j'ai le temps, pour me faire plaisir, ce qui me semble le but essentiel de la vie". Il ne serait pas étonnant, néanmoins, que Marc veuille bien faire profiter ses copains de ses pipes-cigare, qu'il qualifie lui-même de "vecteurs de convivialité".
"Quand je fume une pipe-cigare, les gens dans la rue font d'abord la tête en sentant la fumée. Puis, quand ils voient l'objet bizarre que j'ai au coin des lèvres, ils retrouvent le sourire et viennent voir de plus près ce que c'est que ce truc".
Nul doute que le dialogue s'engage, car Marc a le caractère généreux de ceux qui partagent. L'esprit du cuisinier et celui du fumeur se conjuguent autour du fourneau: c'est dans l'échange que l'on se dépasse. 

"Merde, mon caramel !", s'écrie-t-il brusquement. Il est vrai que, côté cuisine, ça commence à sentir sacrément bon. Tout comme un aromatique léger, la tarte Tatin tiendra toutes ses promesses.             


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11 commentaires :

Rémi a dit…

Bonjour.Ce portait comme celui de Scytale est une réussite. Ces bombardes ne sont pas trop ma tasse de café mais je serai curieux de les tester. Est ce que ça fume bien sans rallumer. Car le rallumage doit être difficile? Merci.

mpm.bandit a dit…

Bonjour Rémi,

La Bombarde fume très bien, en général, tout rallumage est inutile, toutefois, il suffit de faire tomber les cendres situées à l'avant du foyer si elles sont trop nombreuses et de rallumer.
Ma première Bombarde dépasse allègrement les 1000 fumages et tout se passe sans problème.

Cordialement,

MPM

mpm.bandit a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Rémi a dit…

Merci MPM pour votre réponse. C'est donc vous, Marc?

mpm.bandit a dit…

Tout à fait, Rémi, je "sévis" sur les fora sous des pseudos en rapport avec ma moto, un 1200 Bandit auquel j'accole parfois mon trigramme MPM.
La plupart du temps les gens m'appellent simplement Bandit . . .

Burma a dit…


Salut MPM-Bandit,

heureux de te retrouver en vedette ici, bombarde à la lippe, et pas trop loin de tes casseroles.
Un portrait sympathique et réussi, fidèle aux échanges sur le TB.

Bonnes volutes à toi


François a dit…

MPM Bandit est un gourmet et un fin cuisinier. Il a enchanté certaines soirées de fumeurs de pipe avec ses plats exceptionnels. Au plaisir de te revoir !

mpm.bandit a dit…

Je serai chez Scytale, ce samedi, à la soirée latakia, avec une terrine des arènes de Nîmes et tout un tas de pipes . . .

Joseuvic a dit…

Bandit; un passionné qu'on pourrait écouter des heures durant; tant en ce qui concerne les pipes que la cuisine.

Joseuvic a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Ludovic a dit…

Un fumeur de pipes passionné qui en plus sait mener à bien ses projets, Marc a eu la gentillesse de me montrer ses bombardes en détail chez Scytale. Merci encore Nicolas pour ce portrait une nouvel fois super agréable à lire!