11 mai 2010

> FORMER: L'UN DES MEILLEURS

Nous publions la version française d'un article sur le Danois Former, paru il y a quelques années sur le site Smokingpipes. Former exerce le métier de pipier depuis plus de cinquante ans. Voici son histoire.


Photo: Kevin Pipe pour www.formerpipes.com

Hans « Former» Nielsen s'est mis en quête d'un emploi à l'âge de quinze ans seulement. Recherchant un travail de machiniste, il a fait acte de candidature pour un emploi à Copenhague, mais quand il est arrivé pour l'entrevue, le poste était déjà pourvu. Sans travail et sans grande qualification professionnelle , Former était disposé à accepter n'importe quoi. Il a alors trouvé un job dans un petit magasin de pipe. Mais ce n'était pas ce que Former ou sa famille avait souhaité initialement : les journées étaient longues et le salaire peu élevé.


Il travaillait avec un excellent artisan pipier, Poul Rasmussen, et la faible rémunération fut vite compensée par la qualité de l'apprentissage. Former apprit comment réparer et nettoyer la plupart des pipes. Le fait d'être en relation avec plusieurs entreprises et d'appréhender les différentes formes et finitions lui permit d'accentuer ses compétences. La confrontation avec tous les aspects de la production des pipes s'avère avoir constitué une fantastique formation pour le pipier. C'est dans ces premières années que Former a appris ce qui fonctionnait ou pas et ce qui faisait une pipe exceptionnelle.

Le travail n'était pourtant pas toujours aussi enrichissant ou aussi satisfaisant que Former l'aurait voulu. Il était légèrement limité dans ce qu'on lui permettait de faire. Poul réalisait tout le travail de tournage et Former ne fabriquait jamais une pipe du début à la fin. Les rapports entre les deux hommes étaient tendus car Former, plein d'envies, sentait que son travail était sans enjeu, dans une impasse ; il se demandait s'il obtiendrait un jour une réelle chance de progresser au delà de cet apprentissage de base. Des ennuis financiers et une légère frustration dans cette situation l'incitèrent à partir et à accepter un emploi de machiniste.

Peu après cependant, Former fut contacté par Poul Rasmussen qui, compte tenu de sa santé chancelante, avait besoin d'aide au magasin et savait qu'il pourrait compter sur Former. Former commença à travailler le samedi au magasin, tout en gardant son poste de machiniste. Cela lui permit de maintenir des liens avec le monde de pipe. Peu après, Sven Knudsen quitta W.Ø. Larsen pour commencer sa propre fabrication et Sven employa Former à temps partiel. Former avait donc trois emplois différents, acquérant une bonne expérience dans le monde des pipes et apprenant toujours plus en tant que machiniste, ce qui allait présenter un grand avantage plus tard, car la connaissance précise des machines est une nécessité pour les fabricants de pipe ( de nombreux pipiers fabriquent ou modifient leurs propres machines).

Mais chacun des trois métiers fut mis de côté quand Former eut 20 ans et dut faire son service militaire. Après 16 mois, Former rechercha une nouvelle fois du travail à Copenhague. Son vieil ami et employeur Poul Rasmussen lui signala qu'il y avait un emploi à pourvoir à l'atelier de W. Ø. Larsen, une situation parfaite pour lui. Former fut pourtant légèrement déconcerté par cette suggestion: il n'avait en réalité jamais fabriqué une pipe entièrement seul. Pour le rassurer sur le fait qu'il possédait toutes les qualifications nécessaires, Poul lui remit un bloc de bruyère et lui demanda de créer une pipe. Au bout d'une demi-heure, Former avait taillé sa première pipe. Poul approuva, prit son téléphone et appela Sven Bang qui était alors le directeur de l'usine Larsen.

Malgré cette recommandation, Bang voulut être encore davantage convaincu des capacités de Former. Ainsi, il lui demanda de fabriquer huit pipes W.Ø Larsen de formes spécifiques. De cette façon, ses compétences pourraient être jugées sur pièces. Former appela son ancien employeur Sven Knudsen et lui demanda s'il pouvait travailler sur ces pipes dans son atelier. Un vrai coup de chance, non seulement parce qu'il avait ainsi accès à un grand atelier, mais aussi parce que Knudsen avait travaillé lui-même chez W.Ø. Larsen pendant des années, en ayant été le premier artisan engagé par l'entreprise. Après un week-end d'effort intense, Former présenta ses huit pipes différentes. Ainsi, à l'âge de 21 ans, il devint pipier professionnel chez W.Ø. Larsen.

La formation de Former continua à une vitesse rapide. Peu de temps après son intégration dans l'entreprise, W.Ø. Larsen reçut une commande des Etats-Unis pour quatre-vingts pipes. L'enjeu consistait à fabriquer des pipes aussi proches que possible des descriptions du catalogue. Quand une pipe est faite entièrement à la main, il est délicat d'être exactement conforme au schéma initial. Former s'est alors tourné vers son ami Knudsen pour obtenir des conseils et, sous sa tutelle, il s'est rapproché de plus en plus des formes précises du catalogue W.Ø. Larsen.

Former a travaillé chez W.Ø. Larsen pendant dix ans. Il est passé du stade de pipier à celui de maître-pipier et, à l'occasion, de superviseur. Il est devenu responsable du contrôle de qualité, formant lui-même de nouveaux artisans, fabriquant et évaluant des pipes. A cette même époque, Teddy Knudsen et Tonni Nielsen travaillèrent en tant que pipiers chez Larsen. Tous les deux sont devenus des artisans de renom mondial. Parallèlement, Former s' installa un petit atelier à la maison pour élaborer, durant les week-ends, de nouvelles formes et de nouvelles créations pour W.Ø. Larsen.

Des pipiers comme Emil et Jess Chonowitsch étant submergés de commandes pour le marché japonais, ils demandèrent à Former de les aider à satisfaire la demande. Former commença à faire des "freehands" haut de gamme le week-end. Il accepta de produire quinze pipes par mois, compte tenu du succès rencontré sur le marché japonais. Quand la demande japonaise s'est encore accrue, Former décida de quitter l'entreprise W.Ø. Larsen et se mit à faire des pipes sous son propre nom. Les demandes japonaises le maintinrent largement occupé, mais les Allemands apprécièrent à leur tour la qualité et la beauté exceptionnelles des pipes Former. Pendant trois ans, Former travailla en flux tendu, incapable de satisfaire davantage de commandes.

En 1986, une occasion intéressante se présenta à lui. Un homme d'affaires lui demanda de s'installer en Suisse et de s'occuper de la renaissance de l'usine de pipe Bru-Bu, dans le but de produire de nouvelles pipes haut de gamme. Former accepta l'offre et les pipes Bentley naquirent rapidement. Conçues par Former, ces pipes se vendirent pour la plupart en Suisse et en Allemagne. La demande allemande fut cependant si grande que l'usine se déplaça à Hambourg en 1991 et se concentra entièrement sur la production de pipes à filtre.

C'est alors qu'il travaillait en Suisse que Former rencontra son épouse, Daniela. En 1997, ils décidèrent d'acheter les machines de l'usine et de déplacer la compagnie au Danemark, où ils résident maintenant, produisant environ 1500 pipes Bentley et 500 pipes Former par an. Daniela travaille la plupart du temps sur la ligne Bentley. ( Ndlr. Activité qu'ils ont abandonnée depuis).

Former, quant à lui, est plus motivé par sa propre ligne, les pipes Former. C'est naturel. Ces pipes exigent de la créativité et une attention portée au moindre détail. Il y a là plus de liberté pour sa créativité, mais aussi une certaine forme de restriction naturelle pour ces créations de haut de gamme: en effet, la bruyère possède souvent ses propres secrets et Former sait qu'un pipier doit constamment adapter la forme - l'idée qu'il avait en tête a priori- à la réalité du morceau de bruyère. Former n' est évidemment pas préoccupé par la seule esthétique. Chaque pipe est méticuleusement fabriquée avec des critères contraignants. Toutes ces années d'expérience acquise sont mises au service de chaque création, ce qui offre ainsi un merveilleux plaisir au fumeur. Former dit que ses propres pipes sont « le meilleur de lui-même. » Etant données les exigences qu'il s'impose et les objectifs élevés qu'il se fixe, il ne s'agit pas là d'un engagement à la légère.

Avec l'aimable autorisation de Smokingpipes >

Le site de Former >

1 commentaire :

Anonyme a dit…

J'aime ce passage:la connaissance précise des machines est une nécessité pour les fabricants de pipe ( de nombreux pipiers fabriquent ou modifient leurs propres machines).

trop nombreux sont ceux qui ne savent travailler vite car il n'ont pas les connaissances techniques

scytale