Exemple

09 janvier 2010

> UNE PIPE ROUGE DE LARRY ROUSH


Il est l'un des artisans les plus cotés aux USA et dans le monde. Selon José Manuel Lopes, dans son livre "Pipes: Artisans and Trademarks", Roush a commencé au début des années 1990, avec l'aide de son compatriote Mike Butera, puis s'est interrompu, avant de reprendre à plein temps en 2001.

Vivant à Perrysburg (Ohio), il vend directement sur son site internet des pipes faites à partir de bruyère essentiellement italienne, occasionnellement algérienne ou grecque. Ses réalisations ont pour caractéristique de constituer des pièces imposantes et des interprétations personnelles de formes classiques.

"Je ne demande pas au bloc de bruyère ce que je veux, c'est le bloc qui me le dit. C'est le grain qui détermine la forme, pas le calibre", écrit Larry sur son site.

On remarque la qualité de ses sablages, qui saute aux yeux.

"Mon secret à propos des sablages, c'est... le temps", déclare-t-il.

Lawrence Roush, dit Larry, n'a rien d'un pipier comme les autres. Et surtout pas consensuel. On aime, on déteste ou l'on est perplexe.

Perplexe, je l'étais. D'abord, je dois l'avouer, par les prix élevés des pipes Roush. Ensuite, je craignais le volume, le poids. J'ai longtemps hésité à me lancer. Puis, tout émoustillé à l'idée de voir de mes propres yeux, dans mes propres mains, le fruit étonnant d'un travail si soigneux, je me suis décidé à ne pas rater la prochaine occasion. J'en ai ensuite manqué quelques unes, car elles partent vite, ces pipes Roush !

Et puis, clic, ça y était enfin. J'avais franchi le pas, avec une poker sablée rouge qui me chatouillait les pupilles... Larry m'avait rassuré sur la question du poids: 65 grammes. C'est acceptable. C'est même peu compte tenu de la quantité de bois et de l'épaisseur des parois.

Voici donc cette pipe unique: bruyère italienne rustiquée puis sablée, teintée en rouge, montée d'un tuyau en cumberland, tige surmontée d'une bague en argent, le tout taillé à la main. Le tenon est réalisé en Delrin (ou polyoxyméthylène), une matière plastique très résistante, qui garde néanmoins une certaine souplesse.

Je ne suis pas d'accord avec l'appellation de cette pipe, que Larry qualifie de "pot". Pour moi, c'est une poker, tout simplement. Mais peu importe.

Larry Roush a deux objectifs annoncés lorsqu'il fait une pipe: beauté et "fumabilité".

Cette pipe répond-elle aux exigences énoncées par son créateur lui-même ?

La beauté est une valeur subjective. Vieux débat. Certaines pipes de Larry me surprennent par leurs formes, inspirées de modèles classiques mais s'en libérant nettement. Ce ne peut être un reproche en soi, car il est dans la logique d'un artiste d'innover, de personnaliser des créations, de mettre sa patte. Mais disons que je comprends certaines remarques parfois négatives faites à propos de l'audace de ce pipier. ll surprend volontairement et ne peut donc être entièrement fédérateur.

Ayant donc connu ces sentiments mêlés, me faisant pencher tantôt vers le doute, tantôt vers la fascination, je m'étais promis de saisir l'occasion d'en acheter une. Pour voir, juger sur pièce. Et évidemment, avec une forme qui m'attire.

Cette poker profondément sablée me faisait de l'oeil sur la photo. Elle me plaît également en main. Oui, c'est une grosse pipe, oui c'est un objet qui ne passe pas inaperçu. Mais ce côté imposant me semble contrebalancé par une ligne sûre, sans rupture. Bref, elle n'est pas maigre, mais bien proportionnée !

Quant à sa "fumabilité", critère relativement objectif, elle s'avère parfaite. Le perçage large permet un tirage sans anicroche. Et le goût rendu est immédiatement plaisant, spécialement avec un virginie en flake, ceci malgré la présence d'un pré-culottage.

Un bel objet artistique et un bon outil de fumage. Tant qu'à faire, autant avoir les deux en un.

Nicolas

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